Enseigner l’architecture sans papier calque ?

24 juin 2010 § 3 commentaires

Rouleau de calque

Dans ce précédent billet, je formulais deux hypothèses sur l’incompatibilité du papier calque aux moyens de reproduction que sont la photocopieuse et l’ordinateur pour tenter d’expliquer sa disparition des agences d’architecture. Mais le calque a également disparu des écoles d’architecture (ce qui explique de manière triviale pourquoi on ne le retrouve pas dans les agences!). Pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’informatique était encore bannie du projet. Valérie Chatelet se souvient de son diplôme, passé en 1999, comme de l’un des derniers encore sur calque : « [l’informatique], c’était trop clinquant, et l’on ne sentait pas le travail de la main » (cf.  cet entretien avec Valérie Chatelet). Et si la Columbia Graduate School of Architecture proposait en 1992 le « Paperless studio » (l’atelier sans papier), n’abordant la conception architecturale que par le biais de l’ordinateur, elle détonnait  dans le milieu des architectes. Que perd l’enseignement à déconsidérer le papier calque?

Il me semble qu’aujourd’hui,dans les écoles, le papier calque a perdu toute sa noblesse. L’ordinateur portable est LE support des séances de corrections des studios d’enseignement d’architecture. A croire que montrer un dessin sur calque est douteux, sans doute parce que les traits sont toujours un peu dissolus, désorganisés. Pourtant c’est ce qui en fait la force.

Dans un excellent entretien à Pierre-Marc de Biasi (intitulé « Du papier calque au calque virtuel » publié dans le numéro de  juillet 200 de la revue Génésis), l’architecte Fernando Montès insiste sur le fait que se pencher sur une table à dessin, c’est « accepter de travailler dans le sale, le non définitif, dans l’inachevé, le brouillon ». Dans la mise au point d’un projet d’architecture, il est essentiel de laisser des traces. Fernando Montès soulève tout le paradoxe du projet : « la réussite d’un projet, ce n’est pas la somme de tracés initialement réussis ; c’est au contraire une très longue désobéissance à l’obligation de réussir. Le papier possède cette résistance au définitif, il porte la trace de l’effort et de l’erreur, l’empreinte du repentir ». Cette nécessité de laisser des traces me semble encore plus essentielle dans l’enseignement du projet architectural : ces traces gardent de la mémoire de la faute, livrent tout le travail de recherche, là où l’ordinateur ne procède que par succession de « mises au net », ne retenant que ce qui est bon. Il importe dans le projet architectural d’inscrire une démarche.

A son époque, le calque constituait alors, via le jeu stratigraphique qu’il permet, un moyen pour les professeurs de suivre chacune des « traces » de leurs étudiants. Aujourd’hui, cet abandon du calque pose d’autant plus question qu’il en résulte à mon avis un sentiment de gêne réciproque entre professeurs et étudiants, les uns ne connaissant pas ou plus les outils des autres. Auparavant ils partageaient le calque comme support d’expression commun. Aujourd’hui quel professeur oserait toucher à la souris du portable d’un étudiant quand ce dernier est généralement bien plus habille que lui avec les outils numériques. Et à l’inverse, quel étudiant arrive encore à manier un crayon avec suffisamment d’aisance pour pouvoir « dialoguer » à l’aide de schémas, coupe ou plan de principe?

Enseigner l’architecture sans papier calque, certains y arrivent sans doute très bien, et après tout je ne voudrais pas tomber dans un discours passéiste ou pire conservateur. Mais je ne peux m’empêcher de noter que l’utilisation du calque dans l’enseignement de l’architecture comme outil de superposition est véritablement inspiratrice d’une interaction, d’un dialogue et qui plus est au sens informatique du terme : les dessins sur calque, on les superpose, on les compare et on les fait évoluer. Et tous les montages de document auxquels on les soumet vont bien dans un même sens : la mise en place d’une méthodologie où l’architecte peut travailler l’espace et la forme et les modifier, tout en conservant une partie des indications, des informations qu’il a déjà notées. D’ailleurs ces pratiques ont assez naturellement influencé les logiciels de dessin d’architecture, mais c’est là un autre sujet. Parions donc sur le retour du papier calque dans les studios de nos écoles d’architecture !

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§ 3 Réponses Enseigner l’architecture sans papier calque ?"

  • Pierre Bonnet dit :

    je ne pense pas qu’il y ai à ce jour un moyen de passer directement d’un idée (image mentale) à un modèle informatique (idée numérique) . Il doit y avoir un intermédiaire qui est le crayon manipulé par la main. Par contre il peut s’agir d’un crayon électronique sur une table traçante. Le dessin sera ensuite épuré et sera transformé en un modèle 2D ou 3D avec un logiciel mais il y aura toujours ce passage au manuel par la main qui traduit l’idée en une forme soit digitale soit papier. Avec l’évolution exponentielle de la science il serait peut-être un jour possible d’imprimer ses images mentales lorsque notre cerveau sera connecté comme dans le film de CAMERON: « AVATAR »…..

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