Expérimentation sensible ou la loi du mal de tête

1 juin 2010 § 6 commentaires

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En fouillant dans les archives de l’école spéciale d’architecture, je suis tombé par hasard sur un glossaire rédigé par l’architecte Hervé Baley et qui était un support écrit à l’enseignement de son atelier « Sens et Espace ». Je me permets de recopier ci-dessous l’avertissement qu’il donnait en guise de préface, que je trouve être une très pertinente réponse à tous ceux qui souhaiteraient qualifier/définir de manière « scientifique » ou du moins rationnelle ce qu’est l’architecture.

En supposant que nous n’ayons jamais éprouvé de mal de tête, quelqu’un aurait beau tenter de nous expliquer ce qu’il ressent, et cela à l’aide de tous les moyens possibles – médicaux, sensitifs, chimiques, gestuels… , que nous ne saurions pas pour autant ce qu’est le « mal de tête ».

Mais l’avons-nous éprouvé une seule fois, que nous comprenons instantanément de quoi il s’agit. Tous nos rapports avec les choses, les êtres – et particulièrement nos semblables, sont inéluctablement de cette nature.

Sur nos seules sensations se fonde la réalité de notre communication et de notre action, qui dépendront donc inévitablement de l’intensité et de la qualité de notre sensibilité.

Sensibilité qui est, dans son ensemble, presque toujours sous-développée, voire atrophiée par le dressage éducatif socio-culturel et l’ambiance de vie de la plupart de nos civilisations.

Développer et rééduquer la sensibilité et diriger l’attention sur nos perceptions, sur la manière dont celles-ci se produisent, se filtrent et s’associent, et sur leurs conséquences.

L’attention se manifestant par la résonnance et l’aimantation de ce que nous avons déjà ressenti et accumulé en nous avec ce que nous percevons instantanément, tout développement de la sensibilité se fait à partir de la somme des données sensibles inscrites dans notre mémoire. Et cette somme, qui ne représente qu’une infime partie de toutes les impressions reçues depuis notre naissance, ne s’augmente que dans la mesure où elle s’intensifie.

Les thèmes de ce glossaire sont indiqués pour nous aider à porter attention à nos sensations, à les repérer et nous repérer en elles, de la même manière que des repères nous sont nécessaires pour nous diriger dans l’espace.

Etant aussi incitations à expériences sensibles, ils apportent la possibilité par leur enchaînement d’en susciter de nouvelles. Regroupant nos sensations en tant que centre de gravitation et indication de direction, ils se chargent progressivement d’un contenu sensible qui enrichira leur signification et les reliera les uns aux autres.

Ils deviennent ainsi établissement de vocabulaire dont les termes se comprennent par tous selon la même acception, réel outil de communication et de travail.

Ils doivent permettre en outre de coordonner notre sensibilité et notre pensée, coordination indispensable à toute activité créatrice.

Il est, de toute évidence, totalement improductif de lire ce glossaire, instrument de travail, de la manière habituelle ; c’est-à-dire en ne prenant dans la lecture que ce que nous savons déjà, changeant seulement la formulation de ce que nous avons déjà formulé, associant une formulation à d’autres, multipliant ainsi l’encombrement mnémonique de notre mentalité sur le sujet, et oubliant systématiquement les autres notions lues précédemment.

Il est parfaitement vain, sans la base indispensable de « l’expérimentation sensible », de réfléchir et d’intellectualiser à partir de ces thèmes, ce qui ne peut produire comme résultat, dans le meilleur des cas, qu’un sensible et chronique mal de tête.

Préface au glossaire de l’atelier « Sens et Espace », Hervé Baley

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§ 6 Réponses Expérimentation sensible ou la loi du mal de tête"

  • Samir Khalifa, architecte dit :

    Bonjour,

    Mr Hervé Baley, architecte, ex enseignant, atelier « sens et espace » à l’Ecole spéciale, auteur du glossaire du même atelier, nous a quitté ce mardi 5 octobre 2010.

    Contact: http://www.cantercel.com

  • admin dit :

    Une bien triste nouvelle…

  • Lahlou Rita dit :

    Je viens d’apprendre le départ d’Hervé Baley qui fut mon prof d’archi il y a 25 ans.
    J’ai beaucoup appris auprès de lui. L’architecture et bien plus encore.
    Un grand monsieur nous a quitté.
    Un grand architecte et pédagogue.

    Si tous ces élèves se donnaient le mot et si nous pouvions faire un blog réunissant nos notes sur son enseignement… il perdurerait encore longtemps.

    Rita

  • Nous avons été aussi ses élèves et en effet c’est une bonne idée de tenter cette mise en commun de ce qu’il nous a apporté. Nous rassemblons à Cantercel (France Hérault) son travail et tous les témoignages qui donneront vie à son œuvre sont bienvenus (les « témoins aussi »)…

  • Annick Dubois dit :

    J’ai frequenté son atelier, dessins et conférences… Je n’ai pas suivi les études d’architecture, mais le chant. Un ami et exemple pour toute la vie.

  • Charles Penther dit :

    Toujours en décalage par rapports aux modes et tendances diverses, son enseignement était tres
    philosophique, il m’a enseigné ce qu’était un « dessin d’espace » , ces vides qui définissent l’architecture,
    ces silences qui ponctuent le temps.. je suis tres ému d’apprendre son déces.
    Charles Penther.

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