A l’ère de l’informatique dominante, le calque a été, lui aussi, numérisé. Ces calques virtuels, on les retrouve dans bon nombre de logiciels de dessin utilisés en architecture, aussi bien en CAO (Autocad, Archicad) qu’en conception 3D ( Sketchup, Rhino, 3dsmax) ou même de graphisme (Photoshop, Illustrator), etc…
Telle est du moins la traduction choisie, car le terme anglais des ces calques virtuels est « layer », que l’on traduirait plus volontiers par « couche« . Car ces calques n’ont de « calque » que le nom. Il me semble qu’en examinant en quoi le calque numérique s’écarte de son original papier, il repose de manière sous-jacente un ensemble de mutations dans le travail de l’architecte. Premier épisode.
La première différence fondamentale que j’observe est que chaque calque informatique est identifié par un nom. Je ne pense pas que les architectes qui dessinaient sur calque les aient nommés systématiquement. Il découle de ce fait apparemment anodin que le calque virtuel devient un outil pour l’organisation des informations sur un dessin.
On abandonne une logique de production « artisanale » pour passer à un système de production qui se voudrait plus industriel, dans lequelle l’organisation des traits des dessins est fondamentale dans le fonctionnement d’une agence d’architecture. Dès que plus de 2 personnes travaillent sur un même projet, la gestions des noms de calques en un sujet en soi : savoir comment chacun nomme ses calques n’est pas une question anodine, et la complication sous-jacente loin d’être indolore !
A ce problème, il y a autant de solutions que d’agences d’architecture. Pourtant les stratégies mises en oeuvre suivent généralement les mêmes principes. A titre d’illustration, examinons (très rapidement) la norme BS 1192, qui se présente comme l’une des solutions « clefs en mains ». Un calque d’un fichier informatique qui suivrait cette convention peut ainsi porter le nom A22P012G, et ce sans rien laisser au hasard. Décodage :
- La première lettre indique la discipline de l’intervenant concerné, ici A pour architecte,
- Les deux caractères numériques suivants sont un code pour la nature de l’élément concerné dans le dessin ; ici le code 22 correspond aux cloisons,
- La lettre qui suit donne le type du dessin ; ici P pour préliminaire,
- Les trois caractères qui suivent sont un code unique donnant le numéro du dessin ; ici on est à la feuille 12,
- Enfin la dernière lettre indique la révision du dessin ; ici on est à la 7ème révision, soit la lettre G.
Très « clairement« , ce code « ultra » sophistiqué a été créé pour accroître la productivité lors des échanges de fichiers entre les différents intervenants d’un projet. Mais est-ce réellement si « clair » que je le prétends? S’agit-il vraiment d’accroitre la productivité entre les membres d’une équipe au sein d’un projet ? Ne pourrait-on pas penser qu’il est plutôt question de faciliter les échanges entre d’éventuels logiciels qui différeraient au sein de l’équipe par exemple…
Je ne peux m’empêcher de voir dans cette logique de nommage, quasi unanimement acceptée, un profond archaïsme sous couvert d’une prétendue modernité. Si d’aventure une bonne âme convaincue par cette manière de faire voulait prendre un peu de temps pour m’expliquer, je suis preneur…
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