Fabrication et spécificités du papier calque

18 mai 2010 § 7 commentaires

CalqueSurCalque-Lame-Rasoir

Le papier calque est loin d’être un papier standard, et à papier particulier, techniques d’utilisation très particulières. Certaines sont d’ailleurs très singulières ! Mais surtout chacune est propre à une agence ou un architecte. Il n’est pas complètement  exagéré de dire que chaque architecte a du apprendre à utiliser, à « apprivoiser » ce papier bien particulier.

Le papier calque est produit à partir d’un papier classique auquel sont adjoints des produits sulfurés. Le principe sous-jacent est simple. Il relève d’un processus de « dégradation ». Techniquement, la fibre de cellulose qui compose un papier est déjà translucide, mais c’est l’air qui est prisonnier de ces fibres qui donne au papier sa couleur blanche opaque : pour fabriquer du papier translucide, la technique consiste à plonger un papier de très bonne qualité dans un bain d’acide sulfurique pendant un temps très court, afin de « raffiner » le papier et d’éliminer l’air entre les fibres. Il n’est plus nécessaire, pour obtenir un papier translucide, de huiler du papier à la serpente comme l’indiquait Cennini.

Les grandes spécificités du papier calque sont liés à son mode de fabrication:

  • Tout d’abord, la conséquence immédiate de cette « trempette » dans un bain d’acide est que le papier calque a généralement un grammage plus faible que le papier standard. Pour le calque d’étude, il est de l’ordre de 50 g/m² alors que celui d’un papier standard se situe autour de 80 g/m². Néanmoins que l’on se rassure , on peut trouver du papier calque avec un grammage atteignant 280 g/m². Mais de cette « détérioration » d’un papier de bonne qualité en calque, il en résulte surtout un papier qui se conserve très mal. Le papier calque jaunit et se casse avec le temps.

Papier standard de bureau, peu raffiné, agrandi 300 fois

Papier bureau, peu raffiné, agrandi 300 fois

  • Autre fragilité de ce papier : il craint l’eau ! Cela est loin d’être anodin, l’encre se compose avant tout d’eau. Pour ce qui concerne les aplats et autres lavis, même un calque de 280 g/m² verra se former des ondulations irrémédiables. Or rappelons-nous que l’aquarelle était le mode de rendu couramment utilisé il y a encore peu de temps! Ainsi l’usage de la couleur tel qu’il était classiquement pratiqué n’a pas pu se transposer directement sur papier calque. Et de toutes les manières, la tireuse condamnait le dessin à être en noir et blanc. Pour un trait fin, pas de déformation de la surface du papier, mais l’encre, mal absorbée par le papier, met plus de temps à sécher. Ainsi, l’instrument utilisé pour dessiner sur calque a profité de plusieurs améliorations : on passe du tire-ligne au graphos, pour finir avec le rapidograph. La plume change, l’encre aussi, et les puristes ont regretté que le rapido n’utilise pas de l’encre de Chine, mais une encre plus fluide, moins opaque. Pour parfaire l’accélération du temps de séchage de l’encre, c’est l’ampoule de la lampe d’architecte que l’on mettait à contribution. Les fumeurs adroits ont perfectionné cette technique; par un jeu recherché du mouvement du coude, de l’avant-bras et du poignet, ces dessinateurs experts savaient tirer un trait tout en séchant l’encre par la pointe braisée de leur cigarette allumée !
  • Le papier calque est très sensible aux conditions hygrométriques. Il a tendance à se dilater avec l’accroissement de l’humidité. Un bon dessinateur devait se préoccuper de la tension de sa feuille de calque punaisée sur sa table à dessin. Il était interdit de laisser traîner un objet un peu lourd sur une feuille de calque avant de partir, parce que suivant le temps, le calque se gondolait tout autour ! Les architectes plus soigneux recouvraient, pour la nuit, leur calque avec un tirage. Mais contre ce symptôme, il n’a jamais existé de vrai remède. Sur une trame carrée aux côtés très précisément cutchés le jour de son tracé, le calque pouvait le lendemain gagner 2 mm sur un morceau sans que l’on sache vraiment pourquoi. Vu d’aujourd’hui, le calque apparaît comme « imprécis ». Mais cette imprécision constituait le savoir de l’architecte : elle force en particulier à ce que plans et coupes concentrent l’essentiel, juste le nécessaire à la construction. Quiconque prenait la peine de rentrer dedans identifiait tout de suite la trame structurelle, le déploiement des réseaux, etc…
  • Pour finir, la technique la plus singulière est sans doute l’utilisation d’une lame de rasoir pour gratter le calque lorsque l’on souhaite effacer un trait maladroit. Sur un calque « costaud », on pouvait s’y reprendre jusqu’à presque trois fois, sur près de 10 cm ! Evidemment, pour cela le coup de main aidait : une lame neuve, propre et souple, pressée entre l’index et le pouce pour former un petit arc, se retrouvait horizontale sur le papier duquel elle enlevait des petits copeaux. La pratique a marqué les esprits : aujourd’hui encore, alors que les dessins sont tous informatiques, les dessinateurs des agences ont le titre de « gratteurs ».

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§ 7 Réponses Fabrication et spécificités du papier calque"

  • Delphine Warmé dit :

    Bonjour,

    Je voulais savoir comment on procède lorsque l’on fait une erreur de trait à l’encre sur calque ?

    Merci de votre réponse

    Delphine

  • admin dit :

    On gratte!

    Je vous renvoie au dernier paragraphe de cet article:

    la technique la plus singulière est sans doute l’utilisation d’une lame de rasoir pour gratter le calque lorsque l’on souhaite effacer un trait maladroit

    L’instrument se présente ainsi

    et l’on gratte le papier délicatement pour retirer l’encre. Attention pas plus de 3 erreurs au même endroit, car à ce petit jeu de grattage on finit par trouer le papier.

    Vous dessinez sur calque?

  • bernard verplancke dit :

    Bonjour confrère,
    Merci de nous faire partager ce blog sur ce support toujours aussi incontournable…
    Je suis à la recherche de 280g ! Aurais-tu des adresses pour acquérir ce précieux support ?
    Cordialement.

  • admin dit :

    Non désolé, je n’utilise plus que du calque d’étude… Bonne chance. N’hésitez pas à faire partager votre adresses si vous réussissez à en trouver!

  • Franz dit :

    Salut

    Utilisant encore des Marsmatic Staendler à remplissage de réservoir, je ne trouve plus d’encre adaptée. En terme de viscosité et de rapidité de séchage. Peut-on en fabiquer ou refluidifier de vieux flacons ?

    L’intérêt de ces stylos est de pouvoir moduler l’intensité du trait en fonction de la rapidité d’exécution. Ce qui permet d’avoir des nuances que l’on n’obitent pas avec d’autres stylos dont le trait devient trop rapidement une succession de points. Je dessine aussi bien sur calque que sur canson à grain.

    Amicalement

  • admin dit :

    Non désolé, je ne sais pas du tout.

    Pourquoi ne pas publier vos dessins pour montrer votre technique??

  • Moulin dit :

    Pour effacer un trait à l’encre, nous avions une autre technique, il fallait disposer d’un outil ressemblant à un Criterium, que l’on frottait sur le trait jusqu’à sa disparition ; un corps creux dans lequel on faisait descendre par système de vis au fur et à mesure de son usure un « pinceau de fibre de verre » diamètre 3mm env.
    Un truc pour réaliser des traits au contour plus précis et plus faciles à rectifier, on pouvait préalablement au dessin « gratter » toute le surface du calque, ce qui donnait un peu un aspect de papier glacé, le papier devenait aussi plus glissant sous le Rotring, ce qui était plus agréable.
    O tempora o mores !

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