L’histoire du papier calque

26 avril 2010 § 5 commentaires

Un tableau de Adriaen van Ostade

Fouiller les archives d’architecture à la recherche des premiers calques est un voyage dans le temps assez bref, deux siècles tout au plus. Se reporter à la succession des manuels de dessin d’architecture croisant pratiques et théories est décevant : il n’est que très partiellement question du support du dessin. Le calque, qui était connu alors sous l’appellation de papier à la serpente, intéressait peu les architectes du XVIIIème siècle.

Du papier calque, il en existait pourtant bien auparavant : il semblerait que sa connaissance remonte au tout début de la Renaissance. C’est le peintre Cennino Cennini qui décrit dans son traité Il libro dell’arte (dont on estime la date de rédaction entre 1390 et 1437) les « recettes » d’ateliers de l’époque. L’une d’entre elles explique comment « prendre sur papier la substance d’une bonne figure dessinée ».

« Il te faut savoir qu’il y a un papier que l’on nomme papier calque, qui te peut être fort utile pour copier une tête, une figure ou une demi-figure, selon ce que tu peux trouver de main de grand maître. Pour bien avoir les contours de quelque tableau ou peinture sur mur que ce soit, et les avoir bien fidèlement, place cette feuille de papier lucide sur la figure ou sur le dessin, attache-la gentiment aux quatre coins avec de la cire rouge ou verte.

Aussitôt, à travers le papier lucide transparaîtra la figure ou dessin de dessous, de manière à ce que tu puisses les voir clairement. Alors, prends une plume taillée bien fi n, ou un pinceau d’écureuil également fin, et, avec de l’encre, va suivant les contours et les extrémités du dessin de dessous. Et ainsi indiquant légèrement quelques ombres, selon ce que tu pourras voir ou faire. Alors retire ton papier, auquel tu ajouteras des blancs et des reliefs selon les principes indiqués ci-dessus ».

Le papier calque de Cennini est tout simplement un papier « fin, net et bien blanc» abondamment enduit d’huile de lin. Ce papier, par la suite, a servi au report des dessins sur les toiles à peindre. Bien séché, il pouvait également servir au dessin à la plume. L’usage décrit par Cennini change radicalement par rapport à celui que l’on faisait traditionnellement à l’époque : le papier huilé servait à parer les fenêtres des maisons sans vitres ! Plus tard au XVIIème siècle, les artistes utilisaient du papier huilé devant les fenêtres de leur atelier afin de moduler, uniformiser et contrôler l’éclairage de leurs tableaux.

Un tableau de Adriaen van Ostade

Le peintre dans son atelier

Le papier était fixé au plafond par un cordage. Il permettait également de protéger de la poussière le tableau en cours d’exécution lorsque l’atelier se trouvait par exemple dans un grenier. Le tableau « Le peintre dans son atelier » du peintre Adriaen van Ostade, datant de 1663, illustre cette pratique (Dresde, Gemäldegalerie). L’utilisation d’un papier calque de manière plus systématique dans le quotidien de l’architecte pour reproduire des dessins est tardive. La fabrication industrielle de ce papier ne voit le jour que le 7 octobre 1806 suivant un procédé pour lequel l’anglais Raplh Wedgewood dépose un brevet. Mais son usage ne date que du milieu du XIXème siècle.

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§ 5 Réponses L’histoire du papier calque"

  • [...] faut attendre bien longtemps dans l’histoire de l’architecture pour voir apparaître les premiers [...]

  • [...] Le papier calque est produit à partir d’un papier classique auquel sont adjoints des produits sulfurés. Le principe sous-jacent est simple. Il relève d’un processus de « dégradation ». Techniquement, la fibre de cellulose qui compose un papier est déjà translucide, mais c’est l’air qui est prisonnier de ces fibres qui donne au papier sa couleur blanche opaque : pour fabriquer du papier translucide, la technique consiste à plonger un papier de très bonne qualité dans un bain d’acide sulfurique pendant un temps très court, afin de « raffiner » le papier et d’éliminer l’air entre les fibres. Il n’est plus nécessaire, pour obtenir un papier translucide, de huiler du papier à la serpente comme l’indiquait Cennini. [...]

  • Escalettes jean-paul dit :

    bonjour,
    je viens de lire avec grand plaisir la note sur le papier calque; ancien cartographe aujourd’hui retraité je rédige le second tome d’un roman historique où le héros utilise du papier-huilé, en cherchant quelques éléments techniques -surement appris dans ma jeunesse- j’ai trouvé plaisir à vous lire; merci!

  • Nicolas dit :

    Ravi que ce billet vous ait plu!

    En espérant qu’en retour vous me ferez lire les péripéties de votre héros avec son papier huilé !

  • van der wielen dit :

    bonjour je possède des cartes anciennes de fantaisie, le papier est rigide et translucide. des fleurs en tissu et autres décoration en font partie.comment s’appelle ce type de papier? merci M-Danielle

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