Superposer des calques pour « flouter » le projet

12 mai 2010 § 1 commentaire

Renaudie Villes Nouvelles

Superposer des calques, c’est donner une épaisseur à un dessin qui traditionnellement reste sur un support plat, limité à deux dimensions. Ce n’est pourtant pas un passage de la 2D à la 3D, quoique… Cette épaisseur est la marque de l’évolution dans le temps du projet.

Pourtant cette superposition « trans-dimensionnelle » est ambivalente. D’un coté, elle est conforme à la démarche de la conception classique du projet d’architecture: un projet se conçoit à partir d’une idée brute, esquissée, d’où jaillissent les grands traits du projet. Puis sur la base rigoureuse de cette idée brute, chaque calque que l’on empile correspond à un stade particulier de mise au point. Le calque joue alors le rôle de filtre. De calque en calque, l’idée se clarifie, se régénère, s’améliore et se simplifie jusqu’au calque final où apparaît le projet.

Pourtant, de cette superposition de calques, c’est aussi du flou que l’on attend. Parce que le calque se dilate, la superposition n’est jamais parfaite. Parce qu’à accumuler les couches et les traits, la main doit parfois deviner ce que la main d’en-dessous avait dessiné. Mais façonner ainsi cet état vaporeux est parfois nécessaire, et c’est qu’énonce très bien Serge Renaudie :

« Le rapport du dessin de la main avec le feutre et l’imprécision de tout cela vous amenait à avoir une sorte d’état un peu second, où vous étiez à la fois dans ce que vous imaginiez et dans ce que vous étiez en train de construire, vous étiez dans la cour, dans le jardin, vous regardiez en haut, et vous regardiez en même temps par le dessus et cela le calque avec toutes ces couches permettait de le faire de manière complètement floue, et ce flou avec l’impression de la main et du flowpen ou de tout autre outil, vous permettait d’avoir cette profondeur, on passait à de multiples dimensions, plus que trois ».

Michel Lugnier parle aussi de cette nécessité de cette vision troublée :

« C’est le moment de cette rêverie émerveillée qui guide le crayon sur le calque. […]Le rêve produit un espace fictif que le dessin va faire apparaître suivant des tracés successifs, il s’enrichit d’une matière inorganisée dans laquelle le rêve va chercher à reconnaître une figure conforme à sa propre recherche ».

Et le rôle du calque va, pour Michel Lugnier, encore plus loin :

« Le calque par les superpositions qu’il autorise permet d’assumer une continuité du dessin semblable à celle que le rêve développe dans le temps ; il permet de suivre la trajectoire fugace de l’esprit lorsque celui-ci explore les voisinages latéraux, inférieurs et supérieurs de l’objet rêvé»

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